© 2008 Philipp Fankhauser
Productions
![]() Blues & Co, Décembre 2004 |
Ce beau disque est une bien belle découverte pour qui n'aime pas avoir l'impression d'entendre le même morceau à l'écoute intégrale d'un CD
Natif de Suisse, germaniste, la quarantaine tout juste, ce chanteur-guitariste-là va sûrement faire oublier quelques idées reçues. Armé de sa panoplie de plus de vingt musiciens, Philipp Fankhauser sautille allègrement du funk au blues cuivré, de la ballade sirupeuse aux sonorités country. On est très vite frappé par cette voix qui ne ressemble à personne d'autre, solidement calée entre une légère raucité et une clarté rare, même si elle manque parfois un peu de relief. Après quelques rencontres de poids durant les années 80 et 90 (Memphis Slim, Katie Webster, Hubert Sumlin, Luther Allison et bien d'autres, mais surtout Johnny Copeland), il lui arrive de se produire tantôt en blues band, tantôt en solo à l'acoustique. Il enregistre "Blues for the lady" avec Margie Evans en 1989, puis aligne les disques avant de rejoindre Copeland comme membre de son groupe pour une tournée US d'envergure en 1994. Le producteur Dennis Walker le remarque et le signe dans la foulée avec les Memphis Horns. Il retourne en Suisse en 2000 après un 7e album et poursuit sa carrière avec de nouveaux musiciens, dont Richard Cousins en rupture de Robert Cray. Et arrive enfin ce "Talk to me" qui semble être le disque de la renaissance!Cet opus de 10 titres attaque très fort avec un funk aux breaks redoutables, dominé par un jeu de cuivres d'une qualité de mise en place que ne renierait pas un Boney Fields par chez nous. Normal, quand on fait appel aux Memphis Horns, les indéboulonnables Wayne Jackson et Andrew Love! Des guitares tour à tour rock ou jazzy sur le même titre, on en redemande! Et le disque s'égrène, déstabilisant l'auditeur par sa variété riche et l'impression grandissante que le bonhomme a plus d'une corde à son manche. Les plages blues ne sont pas en reste, avec un splendide "Cut off my right arm" de Copeland, son mentor. C'est d'ailleurs Shemekia, la fille du maître du regretté blues texan, qui se fend sur la jaquette intérieure d'un hommage pleine page à cet énergumène multi-styliste. Un peu plus loin, on découvre qu'il se réapproprie également "Flying high", ce qui me fait penser que depuis sa disparition en 1997, Johnny Copeland reste un artiste curieusement peu repris pour un personnage de son calibre. On peut préférer la version de Bobby Bland de "Members only", et on aura raison: c'est à mon avis le titre le plus faible de l'album au niveau du chant. Et son "Home town(Thun)" du nom de sa ville helvète natale, sort trop du contexte imposé majoritairement par les autres influences du bonhomme. Mais cette impression est vite compensée par la qualité d'interprétation qui émaille l'ensemble. Ecoutez l'attaque tonitruante de "Talk to me"! Savourez ce groove irrésistible qui soutient "Welcome to the real world"! Appréciez la rythmique implacable de "Going to Dallas"! Ce beau disque est une bien belle découverte pour qui n'aime pas avoir l'impression d'entendre le même morceau à l'écoute intégrale d'un CD. Et à la réflexion, ça arrive plus souvent qu'on ne le croit! Retrouver cette critique complète et bien d'autres dans la revue N° 30 Marc Loison |

